Si elle n’a pas été publiée (bien entendu, serait-on tenté d’ajouter), cette lettre a sans doute contribué à ce qu’Onfray ne soit pas à nouveau sollicité par l’hebdomadaire de la Fédération anarchiste.
Pour ceux qui prennent Onfray pour un sympathisant anarchiste, elle conserve toute son actualité.
Prof convaincant quand il parle des cyniques ou des hérésies (comme Vaneigem peut aussi l’être), Onfray est un libertaire d’opérette, ce qui se dit « médiatique » au XXIe siècle.
On appréciera la fière conclusion d’un entretien accordé au Monde 2 (2 avril 2005) : « Je ne compose pas avec le monde tel qu’il est. »
Mais avec le supplément du samedi, trois pleines pages de photos du philosophe en quadrichromie (y compris la couverture !), là OUI, Onfray, « compose »...
Cher(e)s camarades,
J’ai eu la surprise de trouver un article de Michel Onfray dans Le Monde libertaire du 1er au 7 mai 2003. Je pensais naïvement que l’anarchisme d’opinion de ce philosophe spectaculaire était apprécié pour ce qu’il est à la FA.
Bien me dis-je, peut-être l’article en lui-même présente-t-il un intérêt particulier. À la lecture, « La déraison du plus fort » est un long lamento démocratique sur le mépris dans lequel les puissants tiennent certaines de leurs propres institutions :
« Les votes démocratiques de nations souverainement représentées ? Écartées d’un revers de la main... Les consultations diplomatiques, les discussions politiques, les débats contradictoires, les confrontations démocratiques dans le cadre de l’Onu ? Peanuts... »
Se trouve-t-il un anarchiste, quelque soit son obédience, son orga ou ses préférences érotiques, qui se soucie de ce à quoi Onfray attache ici de l’importance ? Comment ne pas voir que ce texte va à l’encontre de tout ce qui a été publié dans le ML sur la situation actuelle ? On se croirait dans un cortège de la LCR avec ces jeunes crétins qui scandent : « Et la guerre ? Illégale ! »
À propos de LCR, précisément, je me demande s’il est bien cohérent de donner une tribune anarchiste dans un journal qui fustige à juste titre depuis plusieurs numéros les magouilles idéologiques de la Ligue envers le patrimoine et le public libertaire, à une personnalité qui a appelé à voter Besancenot aux présidentielles. À quoi bon cracher sur Besancenot d’un côté et, de l’autre, taper dans le dos de quelqu’un qui écrivait :
« Cette insoumission individuelle [Onfray parle de lui] au capitalisme dans sa version libérale n’interdit pas l’action contractuelle avec des amis - ceux qui, à gauche, se reconnaissent les mêmes ennemis politiques que moi [...] Je voterai Olivier Besancenot parce qu’il parle à gauche, vraiment, et incarne une alternative à cette gauche de droite qui fait du marché la solution à tous les problèmes ; parce qu’il envisage, au-delà des perspectives électorales d’actualité, la construction d’un mouvement d’opposition politique au libéralisme - celui qu’appelait de ses voeux Pierre Bourdieu dans ses dernières années ; parce qu’il se soucie des citoyens non rentables dans la perspective d’une consultation électorale, ceux dont on ne parle jamais : pas seulement les mythiques et introuvables travailleurs et travailleuses, mais les sans-visage sur lesquels pèse violemment et au quotidien le poids de cette brutalité libérale. La précarité, le chômage, la violence, la pauvreté, la misère, les taudis, l’endettement, les crédits, la rue, les licenciements, les plans de restructuration, l’exploitation concernent probablement ceux qui vont grossir le rang des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls, voire des votes protestataires grand-guignolesques s’ils n’étaient tristes ! » (Texte complet disponible sur le site du journal Rouge).
Convaincant, non ? Vous avez remarqué la formule « insoumission... au capitalisme dans sa version libérale ».
Là, Guillon exagère vous dites-vous ; son exigence de radicalité le mène au procès d’intention. Oui ? Eh bien, vous l’aurez voulu, voici une autre citation d’Onfray ; il critique ici ce qu’il nomme (avec parfois, je le reconnais, quelques formules qui touchent juste) les « gardiens du temple anarchiste » :
« De sorte que s’entendent encore et toujours aujourd’hui les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier : cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme [tiens ! c’est moi qui souligne], pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical, suppression des différences, uniformité généralisée, construction d’une société naturelle d’hommes heureux de vivre ensemble, avènement de loisirs généralisés, réalité purifiée des scories haineuses et mortifères ; autant dire - s’en aperçoivent-ils [là, il parle de nous] - instauration du paradis chrétien sur terre laïque... » [L’Archipel des comètes, Grasset, 2001, p. 371].
Vous remarquerez dans cet inventaire un amalgame fort malhonnête entre (au début) ce qui a constitué et constitue encore le programme du mouvement ouvrier international et (à partir de « suppression des différences ») une liste de naïvetés et de caricatures où je pense vous ne vous reconnaissez pas plus que moi.
Restons-en au début du passage : abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, voilà ce qu’Onfray déclare anachronique et illusoire. J’ai cru comprendre, mais peut-être me détromperez-vous, que c’est aussi le programme de la Fédération anarchiste... Je ne crois pas que les mots suffisent à changer le monde, ni même à convaincre les individus de leurs erreurs, mais si l’on fait le pari de tenter de sortir de la confusion théorique qui caractérise notre époque, il est évident que dire blanc un jour (Onu, aux urnes !, révolution=illusion) et noir le lendemain (grève générale, élections pièges à cons, révolution libertaire) ne peut que persuader les gens auxquels nous nous adressons que toutes les opinions se valent, y compris à nos yeux. Si notre action a un sens, même modeste, alors se conduire ainsi est une lourde erreur politique. Organisation anarchiste révolutionnaire, la FA ne doit pas donner la parole à ceux qui combattent l’idée d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme (libéral ou pas).
Salutations cosmopolites.
Merci Claude, Je découvre ton article sur ton site. A vrai dire je me questionnais sur la facilité avec laquelle ce type passait aussi facilement à la Télé De plus organiser des colloques et une université populaire à Caen avec le Conseil régionale, France Cul...etc...
Pauvre Diogène...
J’ai ma réponse.
Mais Michel Onfray est-il idiot ou utile ?
Cordialement
Je crois qu’il n’a rien à ajouter à l’article de Claude Guillon.
Un "libertaire" qui donne comme consigne de vote :
Votez LCR ! (Partie Trotskyste ?!) certes folklo mais qui fonctionne encore sur de beaux restes a de quoi rendre perplexe ?
Je ne parle même pas de sa signature pour l’appel au NON à la constitution...à coté de vieux léninistes et autres "utopistes néo-kénésien"
Quand au Conseil régional et France Cul....c’est de la PUB gratuite alors ? (Voir son site) Ce qui me fait penser que M.O un sombre "idiot" ? il ne fait même pas payer !
L’autogestion ce n’est pas un gage de qualité...surtout chez les anars...quelques fois c’est la porte ouverte du pouvoir informel.
J’attends avec impatience les Goulags autogéres de nos amis de la LCR... !
Une des choses qui caracterise le mouvement libertaire c’est sa mémoire.
Tentons de ne pas la perdre.
Voila pourquoi
"Onfray" mieux ....de refléchir ?"
Diogène sans laisse
Tu es bien libre de mettre tes doigts ou tu veux. Ne les laissent simplement pas trop longtemps pour :
Pouvoir te gratter le nez et eventuellement te mettre ce même doigt dans ton propre cul. (Ce dont je suis le plus adepte)
Je tiens de plus à signaler que l’anarchisme fédéré ne reprensente pas grand chose en France. Au mieux 150 personnes (d’individus à jour de "cotise" ). De plus tu es plus qu’optimiste sur les exigences théoriques dans le microcosme anarchiste...
Je pense qu’il existe d’autres chemins que cet anarchisme de type caricatural, folklo, culturel, fossil. Je ne suis pas anarchiste, je le précise.
Mais, A vrai dire Onfray n’est pas le vrai sujet... Il est libre de mettre en scene sa vie dans "le Monde 2" et de se prêter aux bouffoneries médiatiques imposées par son nouveau métier de "vendeur de marchandise radicale" pour cadre sup à la retraite qui ne jurent que par ATTAC, le monde diplo, le service public à la française et les ZAKI-sociaux attaqués par le "néo-liberalisme"
Je luis souhaite un bon et gros compte bancaire pour poursuivre son aventure.
Note : J’ai rencontré des patrons (De bons enfoirés), des racistes, des fachos : athés. .
Le vrai sujet est : Peut-on affirmer tout et son contraire et jusqu’a quand ?
L’éthique résiste t-elle à la contradiction ?
Pourquoi le message d’Onfray est _il si bien relayé ?
Alors que d’autres restent plus clandestins (Claude Guillon par exemple ?)
Il y a un prix à payer pour l’exposition médiatique. L’anonymat et ce refus de parvenir voila peut-être ce qui nous évitera le "philosophe" comme individu séparé de la réfléxion et du savoir.
Passons sur le cours magistral : comme caricature et forme aliénée de la transmission du savoir dans l’Université qui n’est que bourgeoise.
Peut-être cela nous permettra t-il de faire du grec ancien pour lire : les présocratiques ou Lucien de Samosate dans le texte ? et nous éviter des achats inutiles de compilateurs, exegetes et autres médiateurs, "souteneurs" ou "proxénètes du savoir" pour enfin vivre directement ceci sans médiations notre corps / savoir.
LAO RISTE
Fond et forme sont indissociables !
Que penser alors d’un Grand patron qui pronerait le communisme libertaire ? Ou d’un actionnaire du tunnel sous la manche encarté à la OCL ?
Bas les masques !
A bas les "philosophes" les "petits profs" médiatiques ou pas (figure aliénée / séparée du monde du savoir) et "les penseurs de profession" !
Il est plus que grand temps de nous débarasser des clowns médiatiques de ce "Monde 2" de M....
La révolution sera anti-médiatique et abolira toutes les médiations ou ne sera pas !
Dom KI chante
« ce n’est pas le personnage qui importe, mais les idées qu’il véhicule » :
Bien d’accord. J’ai lu et apprécié l’excellent livre sur l’athéisme. Cependant, le ver était dans le fruit. Dans ce livre il s’autorise à dresser un hit parade des religions, prétendant, mais sur la base de quoi, "grands dieux", que la musulmane serait la pire.
J’ai peut-être mauvais esprit, mais j’y avais vu à l’époque un clin d’oeil sacrément retors aux tenant de la thèse "choc des civilisations".
Depuis, les clins d’oeils se mutiplient, de façon un peu "anarchique" au point qu’on pourrait le croire affligé de tics.