De la révolution, chap. I.

LE RÉEL ET LA FISSION

lundi 24 mars 2008.
 

On trouvera ci-dessous le chapitre premier de mon livre De la révolution. 1989 : l’inventaire des rêves et des armes (Éditions Alain Moreau, 1988 ; épuisé).

NB : La numérotation des paragraphes, fautive dans l’original a été corrigée.

Où l’on assiste au triomphe de l’incompétence. - La nucléarisation du monde. - No future ? - Le retraitement des déchets pro-nucléaires. - D’un rapport à l’autre : florilège. - Les impondérables du progrès technologique : Three Mile Island, Challenger, Tchernobyl. - Hommage au journal Le Monde.

« C’est une connaissance qu’on a, définitive, on ne peut pas revenir en arrière. C’est comme ça qu’on mourra. [...] On ne le savait pas mais on accepte la mort atomique : plutôt ça que perdre la vitesse, l’ivresse, le danger, la folie, le cosmos, Paris-Dakar. Je comprends ça, je suis bien de mon temps. »

Marguerite Duras, Le Matin, 4 juin 1986.

1.

L’espèce humaine a dû et doit encore, pour survivre, maîtriser la nature. La tâche que la bourgeoisie se trouve contrainte d’accomplir pour se perpétuer est autrement délicate : il s’agit de dominer les hommes. Le meilleur moyen était sans doute de faire construire par les hommes un monde à ce point inhumain qu’ils perdent à jamais le désir d’en récupérer la maîtrise. Un monde hideux, et que l’on ne puisse changer. La maquette de ce monde existe depuis un quart de siècle, exactement depuis que la première bombe atomique a été larguée sur Hiroshima. Mais la maquette, comme dans le conte de Borges, occupe la totalité du monde.

Bien sûr, la bourgeoisie n’a jamais ni mesuré tout à fait ni compris sa tâche. Aujourd’hui, elle ne prétend même plus maîtriser sa domination. Le monde qu’elle a créé et qu’elle possède en entier lui échappe chaque jour davantage. « Nous allons vers un monde non maîtrisé », confiait Giscard d’Estaing en septembre 1979. Son challenger socialiste estimait, en janvier 1980, que la société industrielle ne semble pas « en mesure de maîtriser le développement systématique du nucléaire ». Parvenu au pouvoir, Mitterrand s’empressa d’ailleurs d’aggraver encore cette fâcheuse situation ; j’en reparlerai. Ce n’est pas une contradiction mais une stratégie. Dans ce monde étrange, où l’accroissement vertigineux du nombre de représentants de l’autorité va de pair avec l’aveu des plus hauts dirigeants qu’ils ne maîtrisent plus rien, l’incompétence prend valeur d’excuse. Elle atteste la familiarité des maîtres avec ce qu’ils ont construit. En somme, plus le monde qu’ils ont fait leur échappe et devient nuisible aux hommes, plus ils se proclament les mieux qualifiés pour en surveiller l’inéluctable débâcle. Comme le disait un ingénieur de la société Framatome qui construit les chaudières nucléaires des centrales nucléo-électriques d’Électricité de France : « Bref, nous sommes entrés dans une zone d’incertitude où, à partir de faits et d’indices nombreux, nous apprenons à connaître notre ignorance sans encore pouvoir en mesurer l’étendue [1]. » En attendant que les spécialistes aient eu le temps nécessaire pour mieux se familiariser encore avec leur ignorance et envisagent d’en dresser les premières cartes, le gouvernement français classa le dossier des fissures de cuves nucléaires sur la seule foi d’un rapport de... la société Framatome qui les avait construites [2].

2.

Contrairement à certain personnage de Marguerite Duras, un responsable du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a bien vu quelque chose à Hiroshima : le début de ses ennuis. « Les conditions dans lesquelles l’humanité a pris conscience de la puissance de l’énergie nucléaire (bombe d’Hiroshima) ont entraîné vis-à-vis d’elle une méfiance que ne connaissent pas les autres sources d’énergie [3]. » Plaidant de la sorte les circonstances atténuantes, l’honorable nucléocrate veut nous persuader qu’une stratégie intempestive eût pu, dans des circonstances équivalentes, détruire tout aussi bien le crédit d’une autre source d’énergie, le charbon par exemple. Il eût suffi que les avions US larguent sur le Japon des tonnes d’anthracite pour que le nucléaire échappe à la fâcheuse évocation de soixante mille cadavres. Les circonstances, sans doute, en décidèrent autrement.

On sait à quel point la guerre est une période troublée, mais favorable par là même aux découvertes auxquelles elle fournit prétextes et débouchés. Les USA voulaient faire céder le Japon, impressionner l’allié russe et aussi utiliser la bombe atomique qu’ils avaient fabriquée. L’engin d’Hiroshima, à base d’uranium, allait être à l’origine de passionnantes études qui se poursuivent encore aujourd’hui. Paul W. Tibbets, le pilote qui a lâché la bombe, déclare : « Je me devais de rapporter des données techniques et scientifiques relatives à l’explosion. C’est pour cela que deux autres avions, contenant des instruments de mesures, m’accompagnaient. Je ne menais pas seulement une mission de guerre. Je vivais une expérience de laboratoire, comme celle des astronautes qui, eux aussi, constituent [sic] de véritables laboratoires volants [4]... » Scrupuleux, les militaires américains ne se crurent pas autorisés à conclure trop vite à la supériorité de l’uranium. Ils possédaient un autre type de bombe, à base de plutonium. L’étude comparative in vivo fut effectuée à Nagasaki.

Si nos maîtres n’ont pas voulu tout cela dans le détail, au moins pouvons-nous leur reconnaître le mérite d’avoir su en tirer un grand profit. La nucléarisation du monde [5] vient à propos lui conférer un peu de réalité, et l’on sait que c’est un souci constant des maîtres de présenter ce monde comme le monde réel, donc le seul possible. Il est facile d’ouvrir les prisons et de licencier l’armée. On peut aisément vérifier le caractère biodégradable de tel bureaucrate. Mais avec les rejets des centrales, la bourgeoisie a enfin su créer quelque chose d’immuable grâce à quoi elle fonde sa domination sur une planète menacée de destruction. Après avoir longtemps bluffé, les maîtres ont réussi ce prodige que le monde de demain ne nous appartient plus entièrement et que nous ne pourrons jamais faire qu’il soit tout à fait débarrassé des déchets du capitalisme. Enivrés par ce succès, limité mais certain, les maîtres peuvent dire que le nucléaire s’impose de par la nature même de ce monde et que c’est donc indépendamment de leur volonté que ce monde nucléaire s’impose à tous.

3.

La société nucléaire est bien, au sens littéral, une société totalitaire (et non simplement « policière »). L’antique soumission au destin prêchée par les gens d’Église comme la moderne « pulsion de mort » se trouve incarnée dans le champignon d’Hiroshima. Ainsi la fission a dépassé la théorie dans l’arsenal de l’idéologie dominante.

Il serait, je pense, assez fâcheux de céder au pessimisme, pour le maigre bénéfice d’un frisson d’apocalypse. Les impasses mêmes du « tout nucléaire » (« Un slogan un peu provocant et un peu dépassé », osait dire en 1987 le président d’EDF, après l’avoir utilisé vingt années durant) fournissent des indications précieuses sur la manière dont nous pourrons gérer l’héritage. En 1983, un « Groupe long terme énergie », mis en place par le Plan, concluait au suréquipement de la France en centrales nucléaires. La filière des surgénérateurs est remise en cause (voir plus loin à propos de Superphénix). Aux USA, par exemple, « 5 centrales sur les 17 édifiées entre 1957 et 1972 sont en attente de démantèlement [6] ». La première expérience de démolition devait être tentée en 1987 sur le réacteur de Niederaichbach (Bavière). On prévoit que les travaux dureront six ans [7]. Ils apporteront de nombreux éléments de réflexion quant au choix entre le démantèlement (qui produit nécessairement des déchets à stocker, et comment ?) et l’abandon des sites des centrales. En toute hypothèse, l’interruption du programme nucléaire par la révolution rendra disponibles, et j’ose dire volontaires, pour les opérations les plus délicates, de nombreux ingénieurs spécialisés. Autant ce dissident estonien, placé en 1987 devant l’alternative : prison ou travaux forcés à Tchernobyl [8], pouvait légitimement douter de son libre arbitre, autant les techniciens du nucléaire s’empresseront sans arrière-pensées de mettre enfin leurs compétences au service de la communauté (sous un contrôle vigilant s’entend ; nous les avons vus à l’ œuvre !).

Pour atteindre son maximum de rentabilité émotionnelle, le nucléaire doit inquiéter. Mais sans excès. Il n’est pas mauvais que les populations soient saisies d’une crainte respectueuse devant les maîtres qui ont su mettre à leur service une énergie aussi formidable que mystérieuse. Hélas, l’on sait bien par expérience que les mêmes ressorts irrationnels qui garantissent la soumission peuvent se détendre brutalement dans des mouvements de panique au cours desquels les autorités sont violemment remises en cause. Aussi la propagande vise-t-elle à équilibrer sans cesse dans le public les effets de la peur inspirée par le nucléaire. Un responsable des campagnes d’EDF raconte : « Au début, nous a vont été accusés de faire de l’intox. Mais les écologistes nous ont copiés, et finalement, notre « intox » est apparue plus crédible que la leur [9]. » Il arrive qu’un fonctionnaire au caractère moins trempé cède à l’exaspération et traduise en propos plus aventureux la doctrine officielle. Ainsi cet éditorialiste d’une revue spécialisée dans la publicité nucléaire : « Nous sommes tous radicalement incompétents face à l’avenir à long et très long terme. Il y a une outrecuidance insoutenable à prétendre parler au nom des générations futures dont nous ne savons rien et dont nous ne pouvons rien savoir, ou si peu, et avec de si fortes chances de nous tromper dans l’interprétation. Nous avons le devoir de ne pas créer l’irréversible dans la mesure où il hypothéquerait radicalement notre avenir. Mais cela n’est pas en cours, contrairement à ce qui se prétend un peu partout. [...] Les hommes du XXIe siècle hériteront de nous comme nous avons hérité de ceux du XIXe, et ils s’en arrangeront, bien ou mal, comme nous avons fait et comme cela s’est toujours fait. Parce que c’est la loi du genre, parce que cela s’est toujours fait et que le moyen d’y échapper n’est pas connu. Et c’est sans importance, la liberté humaine résidant justement dans les distances qu’elle permet de prendre avec les déterminismes de toutes sortes [10]. »

Si les habitants d’Hiroshima avaient été pénétrés de ce nouvel existentialisme, ils auraient su mettre toute la distance nécessaire entre leur liberté humaine et l’uranium surdéterminé qu’on leur destinait. Hélas, le moyen d’y échapper ne leur était pas connu !

4.

On chercherait en vain dans les siècles passés un héritage aussi contraignant que celui du nucléaire, que nous laisserons aux générations futures. Il ne s’agit nullement de parler en leur nom, comme le laisse entendre un bureaucrate qui, lui, parle sans vergogne au nom des hommes d’aujourd’hui. C’est parce que je suis un homme parmi les autres que rien du sort des hommes ne me laisse indifférent. Homme sans qualités et sans fonctions, mon intérêt, autant que mes désirs, me pousse vers mes semblables. Personne n’est plus compétent que nous quant à notre destin commun, et je soutiens cette prétention de l’observation d’une baisse tendancielle du taux de maîtrise de ce monde par ceux-là qui se sont donné des moyens de domination d’une complexité jamais atteinte. Le passé des hommes n’est pas un boulet que je traîne aux pieds. Nous sommes nés d’une histoire autant que du ventre de nos mères ; les enfants qui sont à venir naîtront à leur tour de notre histoire, c’est dire qu’ils s’y inscrivent déjà, et je ne sais rien de plus répugnant que cette espèce de « chacun pour soi » à l’échelle des générations que l’on nous propose comme « loi ». Ce ne peut être celle du genre humain.

Voilà sans doute ce qui fonde autrement qu’il y a cent ou deux cents ans le projet révolutionnaire : une fois parvenues à imprimer au monde le sceau indélébile de l’angoisse morbide et de la misère marchande, la bourgeoisie et sa domesticité avouent enfin leur échec. Leur dernier mensonge - c’est le plus dangereux - est de présenter leur échec comme celui de l’humanité entière. Bien sûr, ce sont des hommes qui ont conçu la bombe (n’est-ce pas, camarade Sakharov !), et d’autres bâtissent les surgénérateurs et les maisons d’arrêt. Mais quelque chose du rêve des chefs s’est définitivement brisé dans le délire nucléaire. Une fissure, qu’aucun rapport truqué ne pourra dissimuler, laisse entrevoir la fin nécessaire de la domination de l’homme par l’homme. Ce n’est plus seulement la conscience révoltée qui s’élève contre l’oppression totalitaire ou démocratique ; ce ne sont plus les seules souffrances des hommes qui rendent nécessaire et possible la communauté humaine. C’est le mérite des maîtres d’avoir montré que l’idée même de dominer d’autres hommes culmine réellement dans le risque quotidien de la destruction de tous les hommes. La domination détruit tout à la fois le maître et l’esclave. Ce que la pensée critique disait, la bourgeoisie nucléaire l’a réalisé, et de telle manière que les générations des millénaires à venir en conserveront par force la preuve matérielle.

Le mot d’ordre « No future », que les jeunes punks affichent par dérision, est en vérité celui de la bourgeoisie. Pour maintenir sa domination présente, elle doit non seulement falsifier le passé, mais aussi interdire l’avenir.

5.

Après l’accident survenu à la centrale américaine de Three Mile Island, où les autorités se trouvèrent des heures durant dans la pénible incapacité de garantir que le cœur de la centrale n’allait pas exploser, le ministre de l’Industrie André Giraud (ex-administrateur du CEA) déclarait au Sénat : « La première observation me paraît être, compte tenu de l’enchaînement tout à fait exceptionnel des six défaillances et erreurs que je viens de rappeler, la confirmation de la faible probabilité d’un tel accident [11]. » L’argument habituel de ce genre de personnage est qu’un accident nucléaire est quasiment impossible puisque l’on n’en connaît pas d’exemple. L’accident une fois survenu, les bonnes gens sont invités à considérer que tout danger est écarté, l’impossible se situant derrière eux.

Le même ministre s’inquiétait qu’un tel événement « ait pu engendrer certaines réactions proches de l’affolement [12] ». Cet affolement alla même, comme devait le constater la Mission d’étude dépêchée sur place, jusqu’à une légère méfiance quant à la compétence et à l’honnêteté des autorités. Tandis que deux cent mille personnes abandonnaient leur logement et que la police recevait l’ordre de tirer sur les pillards, les journalistes faisaient montre de « susceptibilité ». Le gouverneur de Pennsylvanie reconnaissait-il que la firme exploitant la centrale avait diffusé des informations contradictoires et insuffisantes, « il n’en fallait pas tant pour que les journalistes concluent : [...] "On nous a menti" et l’un des premiers éléments de dramatisation de l’affaire était en place ». Le fait que des journalistes se mettent à penser peut-il être mis sur le compte des mutations génétiques provoquées par les radiations ? Il est d’autant plus délicat de trancher que la commission désignée par le président Carter « se refusa à chiffrer les risques de maladies encourues du fait des émissions radioactives autour de la centrale tant celles-ci étaient faibles [13] ». On comprendra pourtant qu’une situation aussi inhabituelle ait pu provoquer chez les nucléocrates des USA, et d’ailleurs, des « réactions proches de l’affolement ». Comme le déclarait un ingénieur du Laboratoire d’ingénierie national d’Idaho : « L’histoire de la centrale d’Harrisburg [Three Mile Island] a été avant tout un désastre de relations publiques [14]. »

Apparemment convaincue que la probabilité qu’un tel désastre se reproduise était supérieure à celle d’un accident nucléaire, la Mission française consacrait onze de ses quatorze propositions à la cohérence et au nécessaire contrôle de l’information en cas d’accident similaire à celui d’Harrisburg. Le gouvernement prendra donc grand soin d’informer le public de ce qu’un événement, dont on a montré qu’il ne risque pas de se produire, n’acquiert aucun caractère de réalité sous le mince prétexte qu’il a effectivement eu lieu. L’accident nucléaire est décrété urbi et orbi non-événement. C’est comme toujours de la protection attentive et paternelle de ses maîtres que le peuple a besoin, « car on ne pouvait accepter que l’on cherchât à profiter de ses connaissances, forcément incomplètes, pour le plonger dans l’embarras [15] ». Aussi faut-il informer largement et informer encore ! L’opinion réclame la publication de dossiers, on en publiera ! Encore faut-il les rédiger à cet effet, en ignorant les malveillants qui demandent que soient rendus publics des dossiers qui n’ont pas été prévus pour cela. « Il se trouve que les seuls dossiers qui sont fermés sont soit des dossiers intermédiaires, donc éventuellement discutables et qui pourraient, au contraire, accroître la confusion au lieu d’amener la clarification [...] [16]. » Pour épargner tout tracas au public, il importe donc de lui fournir des dossiers définitifs, c’est-à-dire indiscutables. Hélas, les connaissances du vulgaire étant par nature « forcément incomplètes », il est malaisé de lui fournir des données que son ignorance même lui permette de juger indiscutables.

6.

Les six personnalités, membres de l’Académie des sciences, qui rédigèrent fin 1979 un rapport sur Three Mile Island firent quelques suggestions quant au recrutement et à l’entretien des élites [17]. « De toute façon, les personnes qui ont à surveiller le fonctionnement des installations devraient être capables de faire face avec sang-froid et efficacité à toutes les crises susceptibles de survenir. Or il est connu que, dans une population, il ne se trouve au maximum que 2 à 3 % d’individus qui soient en mesure de faire face à des situations de crise (p. 27). Ce ne sont pas des examens qui permettent de les sélectionner, mais plutôt l’étude de leur comportement, au cours d’une dizaine d’années, dans les fonctions qui leur auront été confiées (p. 7). Les hommes ainsi sélectionnés sur des critères objectifs, à l’exclusion de toute autre considération, devraient disposer d’un pouvoir de décision complet et jouir d’une position sociale et d’une rémunération en rapport avec l’importance de leurs responsabilités (p. 27). »

Certes, il serait facile de répliquer aux tenants de cette hiérarchie naturelle, qu’il est étrange de déterminer les aptitudes d’un individu à maîtriser une crise selon son attitude durant dix ans, où l’on suppose par hypothèse qu’il ne se passe rien. Pourtant, il est difficile de refuser sa confiance à des spécialistes dont on ne peut douter qu’ils font partie, eux et les « psychologues qualifiés » qu’ils ont consultés, des 2 ou 3 pour cent de décideurs-nés, promis aux voitures de fonction et aux gros salaires.

Le rapport académique conclut : « Il faut surtout éviter les informations contradictoires qui font douter globalement de leur validité et contribuent à saper l’autorité des hommes de science et des ingénieurs : une explosion de type nucléaire est hors de question dans une centrale. » Cette bonne nouvelle devant être connue du plus grand nombre, le conseil des ministres du 7 novembre 1979 annonçait la mise à la disposition du public du rapport, dans les locaux du ministère de l’Industrie. En mars 1985, il n’en existait plus trace dans les fichiers de ce ministère.

Le concept de mensonge « à ciel ouvert » est inaccessible au fonctionnaire moyen. Lorsque le mot « Rapport » figure sur un document, il court l’enterrer au fond du jardin. Que l’on ait rédigé et imprimé un rapport « indiscutable », tout exprès pour qu’il soit lu et cru par n’importe qui, échappe à son entendement.

J’ai pu consulter au ministère de l’Industrie le rapport réalisé par ses propres services. Quant à celui de l’Académie des sciences, commandé par Giraud, l’amabilité d’une employée d’une autre institution m’a permis d’en recopier l’essentiel. On m’a toutefois refusé des photocopies, au motif que le ministère commanditaire reste propriétaire du document et que sa disparition des fichiers ne pouvait qu’être volontaire !

7.

Marguerite Duras : « Vous venez de lancer le Richelieu. C’est fantastique. J’ai appris que ça mettait neuf ans à se faire un sous-marin. »

François Mitterrand : « A peu près. Mais le Richelieu c’est un porte-avions, ce n’est pas un sous-marin. »

M. Duras : « Excusez-moi ».

F. Mitterrand : « Votre confusion vient sans doute de ce que j’ai aussi donné l’ordre de construire un sous-marin nucléaire, le septième [...]. »

L’Autre Journal, n°3, 12 au 18 mars 1986.

L’affaire d’Harrisburg avait fourni en 1979 au socialiste Mitterrand l’occasion de réaffirmer la nécessité d’un référendum sur le nucléaire. Les socialistes feront campagne en 1981 pour un référendum préalable au dégel de tous les chantiers de centrales.

Le Rapport d’information sur la politique de l’énergie [18] présenté par Paul Quillès en octobre 1981, soit cinq mois après l’arrivée de la gauche au pouvoir, semblait aller dans le même sens en dénonçant « une information de caractère technocratique non contradictoire, ayant tendance à se transformer en propagande ». Il questionnait hardiment : « Avons-nous le droit, pour résoudre nos problèmes énergétiques d’aujourd’hui, de faire courir ces risques, même d’une probabilité infime, aux générations futures ? [...] La conscience nécessaire de cette dimension morale [...] doit être un motif de plus d’exiger que la détermination d’une politique énergétique soit le résultat d’un choix collectif, responsable, conscient de tous les risques et surtout partagé par la plus grande partie possible de la nation. En un mot, il s’agit d’aboutir au terme d’un débat démocratique exemplaire à un véritable consensus énergétique. » Cette politique d’adhésion démocratique devait paraître trop risquée encore, puisque le rapport s’empresse de la décréter impossible à mettre en oeuvre, surtout avec les moyens promis jusqu’alors. Le référendum, local ou départemental, risquerait de heurter la susceptibilité des élus, le référendum national est impossible en l’état de la constitution de 1958 ; seule une consultation régionale pourrait être à la rigueur envisagée.

Interrogé par Libération (3-4 octobre 1981) sur cet abandon et quelques autres en matière de politique nucléaire, Quillès répond : « Bien sûr, il y a évolution mais aucune sorte de trahison. Simplement quand on est dans l’opposition on ne dispose pas de toutes les données. »

Donc, si les socialistes avaient pu, dans le passé, donner l’impression qu’ils nourrissaient quelques doutes à l’égard de la politique nucléaire de la droite, c’était faute d’informations fiables, que la droite gardait par-devers elle. Une fois ces informations de droite en sa légitime possession, la gauche se voit contrainte de révéler que la seule politique possible est celle qu’a toujours menée la droite. On conçoit que cette vérité, peut-être un peu déroutante pour l’électeur de gauche, les socialistes ne l’aient révélée qu’une fois élus ; je veux dire une fois toutes les données en leurs mains. Le 8 octobre 1981, le gouvernement engageait sa responsabilité sur son programme énergétique. Ni le député Quillès ni l’un quelconque de ses collègues socialistes n’osèrent remettre en cause par un vote négatif l’évangile social-démocrate selon lequel la réalité bourgeoise est nucléaire, une et indivisible.

Le débat parlementaire permit au ministre de la Recherche Chevènement de montrer la haute idée qu’il se fait de ses électeurs et d’illustrer un principe essentiel de la démocratie, selon lequel il est loisible aux dirigés de discuter les projets de leurs dirigeants encore longtemps après que ceux-ci les ont réalisés. Après avoir finement observé qu’il est bon, pour des raisons électorales, de fournir aux citoyens suffisamment d’électricité aux heures de pointe pour leur permettre de suivre la Coupe de France de Football à la télévision, Chevènement déclarait à propos du surgénérateur de Creys-Malville, dont le chantier avait été le théâtre de manifestations violentes [19] : « Nous allons faire démarrer Superphénix et, selon les résultats, nous prendrons les décisions concernant son avenir. »

En 1987, une malencontreuse fuite de sodium déclencha - par mimétisme - l’incontinence verbale des spécialistes. Les bureaucrates du CEA et Madelin, ministre de l’Industrie et ci-devant fasciste, se relayèrent pour confirmer qu’il n’était « pas question d’arrêter la centrale ». Ce qu’ils furent néanmoins contraints de faire, dans des conditions particulièrement humiliantes, au moment où le ministre de l’Environnement déclarait une fois de plus aux journalistes, réunis sur les lieux mêmes, que Superphénix continuait [20].

8.

Sept ans après Three Miles Island, l’année 1986 s’ouvrait sous les meilleurs auspices. Non que tout allât pour le mieux dans le meilleur des mondes scientistes : la navette Challenger avait bel et bien explosé, causant la mort de sept personnes. Le directeur du Monde tint à saluer leur mémoire à la une de son journal, sous le titre « Sacrifice » : « Ces cinq hommes, dont un Asiatique et un Noir, et ces deux femmes nous laissent l’image de ce que l’Amérique a de meilleur : le courage tranquille, l’esprit d’équipe, la compétence souriante. [...] Il n’est pas d’étape de l’aventure humaine, ajoutait-il, qui n’ait été payée de son prix de sang. [...] De temps à autre, un éclair fulgurant vient leur rappeler que la fatalité antique, l’ananké des Grecs, est toujours là, tapie dans l’ombre, prête à fondre sur ceux qui se croient le mieux protégés. Ce fut le cas lors de l’assassinat de John Kennedy [sic] [...] L’explosion de la navette a le même sens [21]. »

Ayant pu apprécier en connaisseur les trésors de courage tranquille et de compétence souriante déployés pour classer le dossier Kennedy, après élimination physique d’une demi-douzaine de témoins, le bon journaliste attendait les mêmes performances des enquêteurs de la NASA. Déception ! Le rapport publié quelques mois plus tard dressait la liste des négligences triviales à l’origine de la catastrophe. On y trouvait autant de fatalité antique que de beurre en broche.

L’incident s’effaça des mémoires et l’humanité reprit sa marche aventureuse. Comme le dira plus tard le président de Framatome : « La confiance revenait, les gouvernements repartaient vers des projets nucléaires, et cette histoire invraisemblable, surréaliste, est venue couper l’élan [22]. » L’événement que ce personnage juge invraisemblable un an après qu’il a eu lieu, c’est la catastrophe nucléaire la plus meurtrière qui se soit jamais produite. Le 26 avril 1986, la puissance de l’un des réacteurs de la centrale russe de Tchernobyl fut multipliée par cent. À la suite de deux explosions et d’un incendie, des produits radioactifs et des blocs de graphite incandescents furent projetés à travers le toit de la centrale et un nuage de poussières irradiées s’éleva à plusieurs centaines de mètres pour survoler bientôt toute l’Europe. Bilan officiel : 31 morts, 237 blessés, 535 000 personnes évacuées, des villes définitivement abandonnées, le directeur de la centrale condamné à dix ans de camp et exclu du PCUS.

Ce nouvel « éclair fulgurant » ne rappela rien au directeur du Monde, qui dédaigna cette fois de glorifier le nécessaire prix du sang. On vit même le quotidien traiter de « désinformation » les copieux mensonges des ministres Madelin, Carrignon et consorts à propos du nuage radioactif, dont il ne fut révélé qu’au bout de deux semaines qu’il avait survolé le territoire français, provoquant dans l’atmosphère des taux de radioactivité des centaines de fois supérieurs à la normale. « Désinformation à laquelle, écrivait l’éditorialiste du Monde, y compris dans ces colonnes, on s’est trop facilement laissé prendre [23]. » Il y eut bien ici et là d’autres ébauches d’autocritique, assez exceptionnelles pour devoir être signalées. Ainsi The Economist qui faisait sa une, le mois précédant Tchernobyl, sur « Le charme du nucléaire », estimait, tout compte fait, que cette forme d’énergie avait raté son examen de passage (soupirs à Hiroshima). Mais en général, surtout dans les ministères, c’est le même arsenal de plaisanteries obscènes et de déclarations lénifiantes utilisé après Harrisburg que l’on ressortit précipitamment des placards.

Libération éprouvait quelque difficulté à cracher dans la soupe nucléaire. L’excellent Laurent Joffrin, encore tout imprégné des cours d’économie qu’il avait dispensés dans l’émission télévisée « Vive la Crise ! » (voir chap. III), affirmait sans rire : « Le choix nucléaire est l’indispensable adjuvant d’une éventuelle sortie de crise. On ne doit pas pour autant cesser de penser [24]. » Il avait donc pensé, il penserait encore ; mais à quoi ? La réponse fut donnée par son rédacteur en chef J.-M. Bouguerau au correspondant parisien du Tageszeitung qui lui demandait pourquoi Libération s’était abstenu de publier les taux de radioactivité relevés le long du Rhin après Tchernobyl : « Nous participons au consensus de la France sur le nucléaire [25]. »

Toutefois, le découragement gagna certains responsables, et si M. Rosen, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, déclarait que « même s’il y avait un accident de ce type tous les ans - ce qui est loin d’être le cas - je considérerais le nucléaire comme une source d’énergie intéressante [26] », le directeur de l’Institut de sûreté et de protection nucléaire, interrogé sur l’éventualité d’un Tchernobyl « à la française », disait « ne pas voir [cette éventualité], mais, ajoutait-il, je n’affirme pas qu’il soit impossible [27]. » Quant au comique Poniatowski, son titre ronflant de président de la Commission énergie du Parlement européen lui permettait de vulgariser ses connaissances mathématiques : « Selon la loi des grands nombres, nous courons le risque d’un accident grave tous les sept ou huit ans [28] » !

9.

En période de crise, les spécialistes affectionnent les images simples, propres à rassurer l’homme de la rue. L’Académie des sciences estimait que l’irradiation supplémentaire causée en France par le nuage de Tchernobyl ne pouvait produire davantage de cancers que quelques dizaines de cigarettes [29]. John W. Gofman, professeur de médecine à Berkeley, spécialiste des effets biologiques des faibles doses radioactives, estimait que dans les quarante années à venir, 15 000 cancers et plus de 300 leucémies seront provoqués en France par les retombées de Tchernobyl. C’est l’hypothèse optimiste. Dans le pire des cas : plus de 23 000 cancers et près de 500 leucémies [30]. Ce Gofman est probablement non fumeur.

Sur le mode égrillard, un nucléocrate bien connu, Leprince-Ringuet, déclarait au cours de l’émission la plus populaire de la radio nationale : « Le corps contient du potassium radioactif, donc en couchant à côté de votre femme, vous recevez davantage de radiations qu’en couchant près d’une centrale en fonctionnement normal [31]. »

Un ancien ingénieur du nucléaire, Yves Lecerf, écrivait : « Pour de nombreux Soviétiques évacués, l’accident de Tchernobyl s’est traduit par un séjour de plusieurs semaines dans les stations balnéaires des bords de la mer Noire, tous frais payés. Là encore, pontifiait-il, l’information alarmiste doit être relativisée. » Cette perle et quelques autres réunies dans son livre Tchernobyl, la guerre des rumeurs (PUF) valurent à Lecerf d’être couvert de fumier par un groupe de manifestants qui interrompit le cours d’ethnométhodologie [sic] que le personnage donnait dans une faculté parisienne [32].

Forts de l’expérience de 1979, les responsables assurèrent que tous les documents officiels étaient à la disposition du public (on a vu ce qu’il en était). On créa tout exprès un répondeur téléphonique d’où une voix mâle assurait jour et nuit, sur un ton de circonstance, que la situation était « parfaitement normale ». On peut encore aujourd’hui [1989] s’enquérir de la radioactivité officielle auprès d’un service de renseignement par téléphone et d’une messagerie par minitel.

Tchernobyl n’a pas eu d’ailleurs que des conséquences fâcheuses. Le Monde notait que « Des scientifiques de tous bords - des physiciens, des environnementalistes [sic], des radiologistes et des médecins - trouveront là une véritable banque de données qui leur permettra de vérifier la validité d’un certain nombre de modèles théoriques dont ils avaient dû se contenter jusqu’ici [33] » (ricanements à Hiroshima). Sans parler du fait, justement souligné par un commentateur de la télévision polonaise, que « l’incident aura peut-être un effet positif sur la population si les gens lavent plus souvent leurs enfants [34] ».

10.

Le ministre Giraud, ayant préféré pour sa part oublier Three Mile Island, s’accorda avec son prédécesseur socialiste Hernu pour juger particulièrement sournoise l’exploitation faite par le Kremlin de l’accident de Tchernobyl. Jacques Isnard, spécialiste des questions militaires au Monde, rapportait la belle formule d’un officier général : « Les fuites radioactives sont à l’Est, mais la panique est à l’Ouest. » Or, notait Isnard, la panique peut mener à la contestation, laquelle risque de viser le nucléaire militaire autant que le civil. « De surcroît, ajoute-t-il comme s’il s’agissait d’une chose toute naturelle et bien connue de ses lecteurs, certains stratèges, arguant des vertus de la bombe à neutrons pour défendre un territoire envahi, ont proposé qu’elle soit utilisée sur le sol même du pays dont elle est censée assurer la protection, et non pas comme une arme offensive au cour même du dispositif adverse. Comment dans ces conditions le chef de État français pourrait-il en conscience [sic], prendre l’initiative de décourager toute attaque au moyen d’armes nucléaires tactiques si, à l’avance, il devine les réactions hostiles, faites de crainte pour leur propre survie, de ses concitoyens ? [...] Si déjà Tchernobyl fait peur à l’Ouest, à tort ou à raison, imagine-t-on, alors, l’affolement et l’effroi qui s’empareraient des Européens s’ils étaient menacés d’une guerre nucléaire par l’Est ou si leurs gouvernements respectifs tentaient de vouloir dissuader l’agresseur en brandissant, en retour, leur épée de Damoclès nucléaire [35]. » Il est à redouter, en effet, qu’à tort ou à raison, la perspective de voir la bombe à neutrons utilisée sur le sol français par le gouvernement français ne tourne un peu la tête du neutronable moyen, jusqu’à craindre pour sa propre survie. Par bonheur, Le Monde est là pour dénoncer la main de Moscou dans cette stratégie de la tension visant à « réveiller le mouvement contestataire à l’Ouest », pour mieux « ligoter » les chefs État occidentaux. Gorbatchev ayant eu le mauvais goût de faire publiquement le rapprochement entre la triste fin de Challenger et l’accident de Tchernobyl, dans le but avoué de souligner les dangers de la stratégie de « guerre des étoiles » alliant deux technologies mal maîtrisées, Le Monde commentait sèchement : « Simple, l’argument est aussi simpliste [36]. »

Huit intellectuels, dont Montand, Glucksmann et Kouchner, publièrent dans Le Monde du 9 mai 1986 un texte destiné à fustiger la « capitulation devant le Kremlin » dont se rendaient coupables à leurs yeux les mouvements écologistes. « Les populations d’Europe, écrivaient les comiques - celles au moins qui peuvent démocratiquement s’exprimer - ont accepté majoritairement les avantages et les risques de l’industrie nucléaire. » Où l’on vérifie qu’un référendum sur la question est superflu puisque nos intellectuels ont rêvé qu’il a eu lieu.

Or, il n’est pas de fuites qu’à l’Est comme feignent de le croire les états-majors militaires et médiatiques. Un mois avant Tchernobyl, les USA révélaient un accident survenu... en 1949 dans la centrale de Hanford (État de Washington), au cours duquel les rejets radioactifs dans l’atmosphère avaient été cent quatre-vingts fois plus importants qu’à Three Mile Island [37]. L’une des retombées de Tchernobyl fut l’exhumation de quelques vieux dossiers. Le Canard enchaîné ayant publié des informations sur un accident survenu en avril 1984 dans la centrale française de Bugey, Marcel Boiteux, président d’EDF, qualifia l’affaire d’« incident médiatique [38] ». En Angleterre, le centre de retraitement de déchets de Sellafield ex-Windscale) avait depuis longtemps la réputation d’une passoire. On savait qu’un accident survenu en octobre 1957 avait causé près de 300 cancers de la thyroïde et 25 morts au moins [39]. Les documents officiels, tombés dans le domaine public en janvier 1988, confirmèrent que le Premier ministre Macmillan avait ordonné la censure du rapport d’enquête sur l’accident. Pendant trente ans de fonctionnement, on compte que le centre a connu dix incidents chaque année. Comme le faisait fort à propos remarquer l’un des responsables de l’usine de La Hague, homologue française de Sellafield : « Les opérations de retraitement des combustibles irradiés seraient banales si elles ne concernaient pas des matières radioactives [40] » !

Référence pour une éventuelle citation : Claude Guillon, « Le réel et la fission », De la révolution. 1989 : l’inventaire des rêves et des armes, Éd. Alain Moreau, 1988 (http://claudeguillon.internetdown.org).

Contact : guillon.claude(at)free.fr

[1] Shoja Etémad, Le Nouvel Observateur, 12 novembre 1979.

[2] Le Canard enchaîné, 24 décembre 1980. Huguette Bouchardeau, future secrétaire d’État à l’environnement, raconte qu’en octobre 1979, lors d’une réunion entre le PS et le PSU, Mitterrand s’interrogeait à propos des fissures. Et si c’était un peu de peinture écaillée ? Le Ministère du possible, Éd. Alain Moreau, 1986, p. 19.

[3] Sciences et Avenir, « Le Risque nucléaire », hors série, n°27. 1979.

[4] Le Figaro magazine, 20 juillet 1985. A noter, pour le futur musée de l’horreur humaine, le récit par Tibbets de sa rencontre avec le pilote japonais ayant déclenché l’attaque de Pearl Harbor : « J’ai dit : Vous nous avez vraiment pris par surprise !... Vous avez fait du bon boulot ! » - « Vous non plus, ce n’était pas mal », etc.

[5] Lire sous ce titre l’excellent texte de Jaime Semprun, La Nucléarisation du monde, Éd. Gérard Lebovici, 1986, ainsi que le n° 8 de L’Encyclopédie des Nuisances, août 1986.

[6] L’Express, 9 mai 1986, cité dans Tchernobyl, anatomie d’un nuage, anonyme, Éd. Gérard Lebovici, 1987, p. 64.

[7] Libération, 2-3 août 1986.

[8] Le Monde, 25 décembre 1987.

[9] Le Monde, 16 janvier 1983.

[10] Revue de l’Énergie, n° 274, juin 1975. Toutes les tournures sont garanties d’origine. Le cochon écrit comme il pense.

[11] J. O. Débats parlementaires. Sénat, 25 avril 1979.

[12] L’Accident nucléaire de Three Mile Island, Mission d’étude sur le déroulement de la crise (11 membres dont 6 journalistes). Rapporteurs : Bernard Augustin et Jean-Michel Fauve, 55 p., 4 juin 1979. La citation suivante se trouve p. 20.

[13] Le Monde, 1er novembre 1979.

[14] Cité par Nicole Bernheim dans Le Monde, 28 juillet 1979.

[15] L’Accident nucléaire..., p. 24.

[16] Les autres... sont couverts par le « secret Défense ». André Giraud au Sénat, le 24 avril 1979.

[17] Rapport du comité institué à la suite de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Three Mile Island, L. Neel, A. Kastler, P. Auger, J. Bernard, R. Gautheret, R. Latarjet, 29 p., novembre ( ?) 1979, la photocopie que j’ai consultée ne portait pas de date.

[18] Assemblée nationale, n° 405, annexe au procès-verbal de la séance du 1er octobre 1981, 2 t.

[19] Un manifestant tué par une grenade offensive.

[20] Le Monde, 17 avril 1987. Le fonctionnement fut interrompu durant plusieurs mois. Fin 1987, le président d’EDF évoquait l’hypothèse d’une révision déchirante à propos de Superphénix (Le Monde, 30 septembre 1987).

[21] Éditorial d’André Fontaine, Le Monde, 30 janvier 1986.

[22] Le Monde, 4 avril 1987.

[23] Le Monde, 13 mai 1986.

[24] Libération, 3-4 mai 1986.

[25] Rapporté par Que Choisir ? avril 1987.

[26] Le Monde, 28 août 1986.

[27] François Cogné dans Le Monde, 22 mai 1986.

[28] Le Monde, 15 avril 1987.

[29] Le Monde, 24 avril 1987.

[30] Que Choisir ? numéro Spécial Tchernobyl, avril 1987.

[31] « L’oreille en coin », France-Inter, 22 juillet 1986.

[32] Voir le tract du 11 décembre 1987, signé : « Des Atomes crochus ».

[33] Le Monde, 3 septembre 1986.

[34] Libération, 2 mai 1986, cité dans Tchernobyl, anatomie..., p. 51.

[35] Le Monde, 13 juin 1986. Je souligne.

[36] Le Monde, 23 août 1986.

[37] Le Monde, 18 mars 1986.

[38] Le Monde, 23 mai 1986. Les réacteurs de Bugey, comme ceux de Chinon et de St-Laurent, sont conçus sur le « modèle Tchernobyl », sans enceinte de confinement. Il en existe trente et un du même type dans les pays de la Communauté européenne.

[39] Le Monde, 4-5 mai 1986.

[40] Le Monde, 26 août 1987.