Les femmes et la sodomie

mardi 22 août 2006.
 

Note du 22 août 2006.

Je lis dans Libération de ce jour un entretien avec Toni Bentley, auteure américaine d’un livre autobiographique intitulé Ma Reddition (édité par Maren Sell). Cette dame déclare que « l’enculade rétablit l’équilibre entre une femme qui a trop de pouvoir et un homme qui en a trop peu ».

Mémoires d’arrière-train, cette « Reddition » bien nommée est donc surtout un texte d’arrière-garde.

C.G.

*

Je donne ici, chapeau compris, pour celles et ceux qui n’ont pas eu accès au numéro du journal concerné, le texte d’un entretien téléphonique avec Matthieu Écoiffier, publié par Libération, le vendredi 26 août 2005, avant-dernier d’une série estivale intitulée « Cultures du sexe ». Le dossier dans lequel s’insère l’entretien concerne la sodomie hétérosexuelle.

Je signale que, dans le prolongement du travail que j’ai publié sous le titre Le Siège de l’âme. Éloge de la sodomie, éditions Zulma (réédition augmentée en 2005), je recueille des témoignages féminins sur l’expérience de la sodomie (subie, appréciée, pratiquée...).

Je n’envisage pas à priori de publier des témoignages in extenso mais d’en intégrer des passages dans une réflexion générale (mais c’est un projet à long terme dont la forme n’est pas fixée). L’anonymat des contributrices sera bien évidemment respecté.

Le faible nombre de réponses, comparé au grand nombre de visites sur cette page (toutes masculines ?), donne à penser que l’on est loin encore d’une parole aisée sur ces questions.

Me contacter par mail, y compris pour répondre à l’un des messages (les forums sont saturés de pourriels !) :

guillon.claude(AT)free.fr


L’entretien :

Une composante de l’érotisme féminin

Claude Guillon, écrivain, a publié Le Siège de l’âme, Éloge de la sodomie (éd. Zulma, réédité en 2005). Il est l’auteur de l’article consacré à ce sujet dans le Dictionnaire de la pornographie à paraître en octobre aux PUF. Se situant toujours entre Eros et Thanatos, il avait coécrit l’ouvrage polémique Suicide, mode d’emploi en 1982.

-  Assiste-t-on en 2005 à un regain de la tendance anale chez les hétéros ?

La sodomie est certainement moins honteuse aujourd’hui. Et elle est davantage déclarée dans les enquêtes sur la sexualité. Des sexologues signalent beaucoup de consultations d’hommes qui n’arrivent pas à avoir une érection suffisante pour s’y livrer. Enfin, des enquêtes sociologiques sur la prostitution indiquent une demande masculine de se faire sodomiser par une femme ou un travesti. On en parle aussi beaucoup de façon très banale, dans certaines émissions de radio très écoutées par les ados comme celles du Doc. Et sur les sites Internet, notamment musulmans : il y a actuellement une intense activité de théologie sexuelle chez les musulmans, comparable à celle qui animait autrefois les catholiques.

-  Dans le Coran, l’enfer musulman réserve au sodomite la première place...

Toutes les religions condamnent la sodomie. Y compris le bouddhisme malgré sa réputation de grande largesse d’esprit. Toutes les pratiques sexuelles qui ne mènent pas à la conception ont souvent été réunies sous ce terme générique. Aux États-Unis, il a fallu attendre 2003 [et non pas 2001, comme indiqué par erreur] pour que la Cour suprême abolisse les lois qui la pénalisaient encore dans certains États.

-  La littérature s’est montrée plus tolérante : « Dis-toi bien mignonne que tu as deux sexes », a écrit Ovide.

Certes. On s’encule énormément dans Sade, mais c’est souvent dans la torture, la douleur, le viol. Chez Pierre Louÿs, on s’y adonne plus gaiement. Plus récemment, c’est le cinéma qui a repris le flambeau : après Le Dernier Tango à Paris dans les années 70, Catherine Breillat en a fait un acte récurrent de ses films. Dans Parfait amour, la sodomie se termine par un meurtre, elle est initiatique dans Ma sœur, onirique dans Anatomie de l’enfer où Rocco Siffredi farde l’anus de sa partenaire avant de la pénétrer ; suggérer la connexion entre différents organes est le propre de l’érotisme.

La couverture d’un roman de science-fiction de Farmer montrait déjà une femme traversée par un tube qui, partant de son anus, ressortait par sa bouche. L’un des paradoxes de la sodomie c’est qu’il n’y a pas de limite anatomique à la pénétration, contrairement au vagin fermé par le col de l’utérus. Être à la fois l’infini et le resserrement est pour beaucoup l’un des charmes de la sodomie...

-  Vous-même en avez écrit l’éloge...

Pour moi, le plus intéressant dans la sodomie, au-delà de tel avantage physique ou de la jouissance de la transgression, c’est qu’il s’agit d’une pénétration de la limite entre plaisir et douleur. Pour un duo amoureux, c’est une épreuve érotique : mal menée, elle peut se révéler insupportable. La sodomie peut aussi être l’école de la grâce à condition de faire preuve d’écoute et d’attention. Autre paradoxe, elle demande aux hommes de faire preuve d’une grande « virilité érectile » et de beaucoup de délicatesse.

-  Et quid de la sodomie réceptive chez les hommes hétéros ? Aux États-Unis, certains salons proposent même des massages de la prostate.

L’hypothèse nouvelle me paraît être la banalisation de la sodomie, active ou passive, comme composante de l’érotisme féminin. Difficile, dans le ping-pong entre la réalité et ses représentations, d’évaluer son ampleur mais elle est très probable. De plus en plus de femmes s’approprient cette pratique. Cela va avec l’idée d’une inversion des rôles, , que la femme elle aussi peut pénétrer. Et avec la banalisation es vibromasseurs et des gode-ceintures. Bref, cela suit le mouvement d’une autonomie de plus en plus grandes des pratiques sexuelles des femmes, en solo ou avec partenaire. Demandeuses, elles se heurtent parfois à un refus des hommes, lié au tabou de la localisation, à l’excrément, ou à la peur de ne pas savoir faire. Il va falloir qu’ils suivent.

Recueilli par Matthieu Écoiffier


Messages et commentaires

Un nouveau témoignage (avril 2008)

Je viens témoigner sur le sujet : "Les femmes et la sodomie".

La première réflexion qui me vient à propos de la sodomie : "c’est délicieux", mais oui, je vous assure !

J’ai 56 ans et avec mon compagnon on ne s’en prive pas, on ne la pratique pas systématiquement à chaque rapport sexuel, mais très souvent.

Je la pratique environ depuis l’âge de 30 ans.

J’ai eu de nombreux partenaires dans ma vie sexuelle et je ne l’ai pas pratiquée avec tous, cela dépendait des habitudes de chacun et de l’humeur du moment.

En règle générale, je préfère une pénétration vaginale avant avec 2 ou 3 orgasmes ou plus, et ensuite la sodomie vient à la fois comme un plaisir en plus, différent et plus intense, plus complet je dirais...J’en ai des frissons de partout et une chaleur intense envahit mon ventre, ma peau...Je ressens la même chose avec une pénétration vaginale, mais en moins intense, en fait je crois que j’ai plus l’impression de jouir avec tout mon corps, c’est un feu d’artifice et je m’envole dans les étoiles.....enfin c’est fantastique !

J’ajouterai que je suis une "femme fontaine", et d’après certains des partenaires que j’ai eus, cela me donnerait une prédisposition à avoir des orgasmes multiples et à être totalement libre dans les rapports sexuels et donc à apprécier la sodomie.

Salutations amicales.


Message reçu de Marie (que je dois copier/coller ici pour ne pas laisser subsister son adresse e-mail qui était intégrée à son message de réponse).

La sodomie est encore un tabou chez une catégorie d’hommes qui sont classés classiques, peu ouverts, tendance matcho.Elle se pratique effectivement avec elégance quand un couple se connait en profondeur, a dépassé ses extrèmes, se respecte et est à l’écoute l’un de l’autre. Le passage douloureux de la sodomie est évité si chacun est à l’écoute, soit l’un des deux est trop stressé, soit les hémorroides bloquent le passage, par exemple... En fait que ce soient hommes ou femmes, pratiquer la sodomie chez certains paraît répugnant, sale, la représentation des matieres fécales est restée primaire dans leur esprit.

Pour une symbiose sexuelle et un approfondissement des rapports sexuels d’un couple, il faut parfois passer par des actes inconnus, ou extremes pour connaitre l’autre, ses gouts, et découvrir un nouveau monde à deux. Pratiquer la sodomie , c’est se connaitre, sans complexe, avec une intimité, une complicité . Ne pratiquer que la sodomie est une voie de garage pour un homme non performant, et ne pas la pratiquer : vous loupez une marche de la sexualité, de la découverte des sens profonds.


J’ajoute ici, pour des raisons techniques, un message de Marie

Je rétablis peut etre l’équilibre du pouvoir par la sodomie si j’en crois les dires de Toni bentley (note du 22 aout de Claude Guillon), j’aime bien cette version, je prefere plaisanter que de me prendre au sérieux. Rester simple semble difficile dans notre société : Dans mon premier commentaire, je me suis mal exprimée, j’ai osé écrire mais la formulation ne donne pas toujours les effets désirés.....pratique qui veut la sodomie, je ne juge pas si c’est bien ou mal de ne pas le faire, je souligne juste que la sodomie n’est pas un tabou pour moi, elle fait partie de mon monde sexuel.

Comparons cela à une branche artistique : c’est tout un art de la pratiquer pour la savourer, mais l’art est immense, sans limites et je ne me permettrais pas de juger du monde sexuel de chacun...


et un autre...

Bonjour, Je viens de tomber par hasard sur ce site en tapant d’autres termes de recherche que "sodomie" et j’ai lu tout cela avec attention. J’ai probablement une histoire toute particulière. Je ne voudrais pas virer dans le glauque mais ma première expérience en la matière fut assez sordide puisqu’elle se fit lors d’une soirée avec un ami, soirée durant laquelle cet ami ""abusa"" de moi (j’étais ivre et inconsciente). Mon consentement il ne l’avait pas c’est certain mais le mot viol ne me vient cependant pas à l’esprit, je tiens tout de même à le préciser. Je n’ai pas ressenti ça comme un viol puisque... je n’ai rien ressenti du tout lol Bref. Ma premiere expérience ne m’a donc laissé que peu de souvenirs (de vagues sensations que je suis incapable de rattacher à quoique ça soit) et ne m’a ni franchement dissuadée ni franchement encouragée à recommencer, mais les suivantes... Je trouve que la sodomie est une source de plaisir(s) intense(s). Mon premier orgasme : sodomie, mon second idem etc etc etc A tel point que je me demande si mon corps est capable de ressentir du plaisir autrement que par ce moyen. Les premieres fois furent douloureuses et quelquefois encore il m’arrive de souffrir, notament au début mais ensuite, comme le disait l’un des intervenants précedents : "je pourrais continuer durant des heures". Je ne pense pas que cette expérience sexuelle se rattache au domaine de la soumission, de la domination d’un des partenaires. Je pense qu’elle se rattache exclusivement au domaine du plaisir. Des sensations ressenties. Cela peut être une marque de domination pour certains mais ce n’est pas systématique. Et je pense qu’il est évident qu’une sodomie sans stimulation préalable et durant l’acte en lui même n’apporte que peu de jouissance. Pour répondre à la personne qui déplorait que la sodomie soit banalisée et que les jeunes la connaissent, je répond que cela est loin d’être un mal. Les jeunes personnes ne sont pas completement stupides et sont bien fichus de se rendre compte que, oh, miracle, il y a un deuxieme orifice, sorte de deuxieme sexe (dixit Ovide) et que, tient, ça a l’air de plutôt bien s’emboiter. La libéralisation des moeurs est une excellente chose. On ne se sent plus, comme auparavant, coupable d’un rapport sexuel (que dire d’une sodomie, péché mortel, liaison directe avec l’enfer), on le vit mieux. Pour en revenir à la sodomie, je trouve dommage que certaines personnes manquent de curiosité à ce point. Je pense, moi, que sans aller jusqu’à des choses extrèmes (nécrophilie, scatophilie : encore que je pense que cela vient de ce que l’on nous enseigne étant petit "touche pas à ça, c’est caca !" je sais, c’est ridicule mais c’est pourtant ce qui est dit. Et puis les excréments, on sait tous que ça sont des déchets organiques, rien d’interessant et aucune chance que ça soit BON. Donc en consommer juste pour essayer.... un rien idiot, a moins d’être en pleine famine lol) il faut essayer un minimum de choses. Faire l’apprentissage de ce qui nous entoure. Je ne parle pas essentiellement de la sodomie mais de tout ce qui lévite autour de nous. Savoir quel gout a une croquette pour chien, ce que ça fait [...] de rencontrer qqun sur le net, [...] etc. Je ne dis pas qu’il faut renouveler ! Une fois suffit. Parce que renouveler peut être dangeureux [...] ou que cela ne nous plait pas (croquette pr chien ou.... sodomie). Mais essayer. Savoir à quoi l’on pourra dire non par la suite, savoir ce que l’on qualifie "d’inintéressant". [...] On ne peut pas aimer ce que l’on ne connait pas, c’est normal, mais on a pas le droit de juger. Justement.


et un autre...

Pratique"normale", cela signifie quoi ?

En tout cas pratiquée depuis longtemps par des jeunes filles juives et arabes (et sans doute occidentales et africaines ?, mais je n’ai pas de témoignage) pour garder leur virginité et comme moyen de contraception, bien ou mal, je ne sais pas, dans ces cas c’est à la place d’une sexualité dite normale de pénétration du sexe masculin dans le vagin, qui peut mener à une grossesse.

Pour moi, il n’y a de norme nulle part, des pratiques plus ou moins fréquentes, courantes dans l’ancien testament, refusée au départ par les catholiques pour se démarquer des autres religions... pour moi, pas de norme, mais un bien-être de chaque individu avec soi-même et avec l’autre : alors toute pratique sexuelle, avec ou sans pénétration vaginale ou anale, me parait bonne pourvu que les partenaires en soient satisfaits

Pour ma part, je la pratique de temps en temps, parfois pour faire plaisir, parfois pour mon propre plaisir, et peu m’importe, il m’arrive de la refuser parce que je n’en pas envie à ce moment là, seul mon désir et celui de l’autre sont en cause, aucune notion de "pouvoir" de qui que ce soit.

Mon plaisir sexuel est lié à mon désir et à celui de l’autre, et au respect de chacun pour l’autre, j’aime faire plaisir, mais pas contre mon désir ; j’aime que l’on me fasse plaisir et que l’on me respecte..

J’ai 61 ans, mariée et divorcée deux fois, et plusieurs relations avec des hommes successifs, j’en ai encore..

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